Commentaires sur Le moine fantôme

    Son visage dans la nuit, un soir, en traversant le boulevard de Sébastopol. Elle porte de grosses lunettes blanches, comme Andy Wahrol ou David Hockney, pour soudain me voir. Je me suis retourné et derrière ses grandes lunettes blanches, comme une chouette dans la nuit, il y avait un cœur et une âme pour me soustraire et me tendre la main. A l’autre bout du passage piéton, curieux et extravagant, l’oiseau du hasard me fixait à la dérobée, dans le dos, entre Beaubourg et le Forum des Halles. Dans la chanson d'amour, mélancolique et triste, son envol tente l'impossible. Deux semaines plus tard à un vernissage, les mêmes lunettes blanches, la même personne : « Je suis photographe », me dit-elle. Mon attention glisse vers l’image accrochée au mur : ce balancement des couleurs entre elles, bousculant le cadre, et Véronique n'importe où en Amérique du sud, dans une église ; le vert en premier plan et au fond sur le mur de soutien ; à gauche, une commode rouge pour me réveiller ; les fleurs posées dessus, dans une vasque ; le jaune partout ailleurs éblouissant ; je sens des caresses tendres et délicates. Des peintures religieuses, à peine visibles et sans lourdeur idéologique ni politique, émane une abondance chaleureuse, la patine des jours heureux ; des bougies en flammèches et du halo des néons, un air vivifiant me rapproche de ceux que j’aime. Pourquoi est-elle partie ? Ce que je vois dans les yeux de Véronique, comme au fond d’une église anonyme, chaleureuse et colorée, fait du monde entier un chemin tendrement délicat, charnel, vers la femme que j'aime.

    Jom Roniger, auteur de nouvelles et de théâtre, Paris

    Posté par Ilaz, 15 juin 2011 à 12:36 | | Répondre
  • texte Betty Clavel

    Sadec

    Il est six heures, cinq peut-être. Et, déjà, le marché s’anime.
    Seule dans la pagode. Est-ce celle offerte à la ville par le père de l’amant ? Les flammes vacillent, l’encens se consume… Ici une divinité, là une autre, une multitude. Un tableau, des photos, des noms. Des offrandes, en nombre.
    Le glissement des tongs, le frottement de l’étoffe, un bonze passe… Dans le patio, une tortue, signe de longévité et de sagesse.
    Je reviendrai vivre à Sadec.

    Betty Clavel, peintre, Saint-Genest-Lerpt, Loire

    Posté par Betty Clavel, 15 juin 2011 à 12:36 | | Répondre
  • texte Kontxi

    Quelque part, dans un petit village tranquille de Provence...ces fêtes du 14 juillet s'annoncent bien. Nous sommes en 1960, le temps est clément.

    Mes amis sont tous là! ils sont arrivés tôt. Rémi surnommé "le crapaud", à cause de ses verrues...les frères Espigouze, ceux de la colline de la Sarriette et mon cher Antoine...

    Ils n'attendent plus que moi. Je les ai "convoqués".

    "Marcellin du bout de la garrigue"! le chef, le décideur, le cerveau du "commando", le dénicheur de bonnes blagues....je suis tout çà à la fois.

    Mais, je ne peux plus me taire et leur cacher la vérité.

    Dans quelques heures, je partirai pour de longs mois.

    J'entends dans le lointain, l'horloge du clocher de l'église.

    Devenir prêtre, voilà ma destinée.

    Kontxi, employée, Bègles, Gironde

    Posté par Kontxi, 15 juin 2011 à 12:37 | | Répondre
  • texte Christophe Niel

    Il m'a juste souri, a vu bien sûr que quelque chose se passait, que j'étais en train de changer, peut être, en tous cas d'en prendre le chemin. Il s'est retourné et a disparu aussi rapidement qu'il m'était apparu, drapé orange dans la lueur dansante des quelques bougies.
    Je reprendrai le chemin au petit jour, avec en tête ce sourire caché au fond de moi, pour un temps au moins, promesse fragile...

    Christophe Niel, passant, Aix en Provence

    Posté par Christophe Niel, 15 juin 2011 à 12:37 | | Répondre
  • Michel Ventura

    Ce n'est pas pour soutirer quelques roupies aux fidèles qu'il a aménagé ce coin de temple. C'est son espace protégé à lui, son refuge. Il s'y sent bien, dans la spiritualité et l'humilité. L'odeur de l'encens y est plus présente qu'ailleurs. Il aime s'y recueillir. Quand il était plus jeune, il a passé de longues minutes abandonné dans la contemplation de l'image du Bouddah, au mur. Maintenant, il la regarde moins ; mais il sait qu'elle est là.
    Quand par hasard un visiteur s'aventure dans cette partie du temple, lui s'éclipse, laissant l'autre se pénétrer de l'envoûtement du lieu. Il aime y revenir plus tard, le soir, à l'heure où les sons deviennent sourds, où tout s'apaise. Il apprécie d'y être seul ; et en même temps il s'y sent en lien avec les hommes.

    Posté par Michel Ventura, 03 mai 2012 à 10:54 | | Répondre
  • Quelque part en Asie du Sud-Est! Des terres qui ne passent pas pour être des plus chrétiennes et des peuples qui lorsqu'ils ne sont pas athées ou animistes sont plus versés dans le bouddhisme que dans le culte marial. Et pourtant!

    L'architecture du lieu fait penser aux constructions du début du siècle dernier, celles de l'époque de Sun Yat-sen, généralement lourdes et prétentieuses, aux espaces fractionnés par une multitude de piliers de béton en forme de pyramide tronquée. Ce style sans grâce essaima dans tout l'Extrême-Orient et notamment dans la péninsule indochinoise où la photographe à semble-t-il laissé trainer son objectif qui-cy qui-là. Les matériaux sont pauvres, les murs décrépis, le sol irrégulier. Ce pourrait être tout aussi bien l'espace public d'un marché couvert, le préau d'une école communale, la salle de réunion de la section locale du Parti, le réfectoire d'une bonzerie. Il semble en définitive qu'il s'agisse tout à la fois d'un lieu d'entreposage d'objets et meubles sans utilité immédiate et d'un temple minimaliste ouvert aux quatre vents, voué à un culte dont l'obédience demeure à ce stade indéterminée.

    Au dessus d'une copie moderne d'un petit buffet "ShanShui" en "laque de Chine" glycérophtalique - qui ne doit rien au latex du laquier ("Butia capitata") - est accroché dans un cadre rococo agrémenté d'une bande de dentelle à l'italienne la reproduction d'une huile de facture médiocre représentant au choix soit le Bouddha en phase d'Ėveil soit la Vierge et l'Enfant. L'auréole est bien visible mais ne saurait convaincre l'observateur éloigné car d'une utilisation conventionnelle commune aux religions concernées. L'angle de prise de vue trop fermé ne permet pas de lever l'incertitude. J'opterai pour la Vierge. C'est un choix arbitraire, une conjecture audacieuse, mais une telle occurrence est peu fréquente dans ces contrées extrêmes orientales et offre pour cette raison plus de choses à raconter.
    Le responsable des lieux a profité de l'espace disponible pour aménager ce modeste lieu de prière. Tout comme l'eût fait son voisin en installant sur une simple étagère un buste en plâtre du Bouddha, ses attributs et quelque offrandes périssables. S'agissant de la Vierge, il n'est question ni d'attribut ni d'offrande et seul un effet décoratif est recherché, lequel est assuré par un vase de cuivre rempli d'œillets du Japon ("Dianthus sinensis") qu'au Japon on appelle œillets de Chine, preuve que les relations entre les deux pays ne furent pas toujours conflictuelles. Les croyants qui viendraient à l'occasion se recueillir devant cette iconographie naïve seraient guidés par des rubans de file d'attente, tels des voyageurs faisant la queue dans un aéroport; optimisme du promoteur qui a visiblement surestimé la fréquentation du lieu et la patience des fidèles.

    L'observateur attentif remarquera une silhouette furtive; celle d'un moine disparaissant derrière un des piliers de la salle. C'est un bonze du monastère bouddhiste mitoyen (cf. infra) venu en voisin et ami arroser les fleurs en l'absence de l'occupant des lieux parti quelques jours dans la capitale régionale renouveler son stock de cierges et autres produits de première nécessité. Durant son absence quelques coreligionnaires des alentours sont passés pour rallumer les bougies. Heureuse initiative qui donne à la photographie, prise entre chien et loup, un éclairage intimiste d'un bel effet.

    En arrière-plan plusieurs représentations du Bouddha. Cette fois-ci c'est bien lui à n'en pas douter. On est dans la bonzerie d'à côté. On peut deviner la posture de la "Réflexion" qui pour la circonstance parait appropriée car l'ambiance est empreinte de sévérité. Il n'est pas ordinaire que le culte de Marie se fasse sous le regard de Siddhartha Gautama ou à tout le moins sous celui d'une de ses infinies "réincarnations" picturales. Certains savants n'hésitent pas à proclamer que les deux religions sont théologiquement compatibles. Je me range personnellement et en tout désintéressement à cette opinion, n'étant affilié à aucune des obédiences en cause, n'étant pas de surcroit docteur en théologie et voyant dans le bouddhisme davantage une philosophie qu'une religion. Quoi qu'il en soit les relations de voisinages semblent excellentes, un tel œcuménisme étant malheureusement trop rare de nos jours, comme chacun sait et ne manque pas de le déplorer.

    Cette digression sera l'occasion ne rappeler que tout ne fut pas amour et tolérance dans l'histoire du catholicisme en ces lointaines contrées d'Inde transgangétique . Le 19 ème siècle en particulier fut marqué par des persécution et des massacres à répétition à l'encontre des chrétiens, aussi bien autochtones que missionnaires venus d'Europe, persécutions et massacres qui eurent pour cause des arrières-pensées politiques bien plus que religieuses. Précisons enfin que si le christianisme y progresse aujourd'hui cette extension est essentiellement protestante et que par conséquent le culte marial n'y est pour rien.

    Et pour finir un conseil à l'adresse de la preneuse de vue: gardez-vous de laissez trainer quelque subjectivité dans la composition de vos clichés. Voyez dans cet exemple comment un cadrage trop en biais peut conduire un observateur de bonne foi à des interprétations déraisonnables.

    Gérard Jorge

    Posté par Durruty, 24 février 2013 à 15:19 | | Répondre
  • Tout le faux tient du vrai,
    tout le palpable incrusté à l'impalpable,
    tout le visible accroché à l'invisible,
    et tout le réel à l'irréel.
    Photo du Souvenir volatile d'un vieil arbre déraciné.

    Esther Jean, élève de BMA 2

    Posté par Durruty, 10 avril 2013 à 00:46 | | Répondre
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