Commentaires sur Femme à l’éventail.

    texte Anne Rochefort

    Elle doit être timide mais surtout féminine.
    Cette main me rappelle ma grand-mère : quelles que soient les circonstances, elle ne manquait jamais d'être impeccable.

    Anne Rochefort, réalisatrice, monteuse, Paris

    Posté par Anne Rochefort, 09 juin 2011 à 08:52 | | Répondre
  • texte Nikit’

    Qu’est-ce qui se cache derrière ce rideau bleuté ? C’est une femme, c’est une sorcière. Elle se cache, dans l’ombre d’un éventail. Elle a honte de sa race, mais elle est née comme ça, elle ne changera pas. Pourquoi un éventail commun à fleurs ? Pour paraître normale… Pour paraître « comme les autres ». Ce n’est pas forcément le meilleur choix. Peut-être vaut-il mieux être différent, même en étant une sorcière…

    Nikit’, collégienne, Paris

    Posté par Nikit’, 09 juin 2011 à 08:53 | | Répondre
  • texte Elise Shoot The life

    Enfin l'heure était bleue, enfin...Bientôt elle pourrait sortir prendre l'air, RESPIRER sans avoir l'impression que ses poumons étaient en feu. Il y a longtemps qu'elle était la seule à encore appeler cet instant là où le soleil baissait : l'heure bleue.
    Autrefois, les enfants, puis plus tard, les petits enfants, arrivaient en courant, à cet instant là, pressés qu'ils étaient de l'entendre raconter l'histoire , toujours la même et pourtant différente chaque jour. Ils s'asseyaient en rond, à ses pieds, pendant qu'elle agitait son éventail et elle leur racontait le temps où jeune et belle , à la même heure, elle partait rejoindre dans un de ces anciens palais celui qui faisait battre son coeur.
    Quand il lui prenait la main, quand la sienne la frôlait, quand ils dansaient l'amour et la mort, la passion, quand ses pas s'emboitaient dans les siens, quand sa nuque se courbait, quand son dos se cambrait, quand l'air vibrait , quand elle oubliait les heures à rouler les feuilles de tabac, la chaleur, la poussière, quand leurs gestes étaient leurs mots. Plus qu'heureuse, elle se savait VIVANTE.
    Ce soir, il n'y a plus que le silence et l'absence.
    Alors, elle prend un havane, le fait craquer sous ses doigts juste au creux de son oreille ; le parfum du tabac l'enivre et la ramène à lui.
    Tout à l'heure, elle l'allumera, aspirera quelques bouffées comme il le faisait autrefois
    Tout à l'heure quand l'heure sera noire ... comme ses yeux.



    Elise SHOOT THE LIFE -peintre
    http://eliseshootthelife.overblog.com/

    Posté par Durruty, 09 avril 2013 à 22:06 | | Répondre
  • texte frederic hamelin

    Chaleur d'été dans les limbes d'une neurasthénie tropicale.
    Sous la menace d'un orage de fin d’après midi qui ne veut éclater, hésitant et timide, l'attente...
    Attendre cette fraîcheur du souffle caraïbe qui montera du golfe pour dissiper la touffeur étreignante et respirer, enfin, de cette somptuaire façon qui amène les rires et ressource les âmes.
    Sous les baraques aux visages usées et flétries par un temps qui, paresseux s'est reposé, elle laisse flotter son regard par delà l'éventail.
    En Camaguey, l'orientale aux vieux murs pastels dont les lézardes béantes s'ouvre vers la sénescence, s'alanguit son corps monolithique, enfoncé en ce fauteuil de rotin élimé.
    D'un transistor sans âge grésille les complaintes d'une voix tendue, vibrante, et dont l'exaltation tend au frisson. L'ivresse de la salsa pour retrouver les vingt ans perdus, pour se bâillonner l'esprit des laborieuses journées, se soustraire à cette paralysie qui fige le monde. Un échappatoire à la frustration.
    Aujourd'hui elle est Yemama, la Santera des eaux et de la fertilité dans sa robe bleue, épuisée par l'humide torpeur et par un soleil assassin mais décidée en son ventre de femme, ouverte vers l'espoir. Et ses yeux sombres ne brulent que d'un seul désir.
    Son parfum de miel et de cannelle, et la goutte de rhum au creux de ses joues maigres en feront ce soir une reine païenne.
    Une Diane nègre, mulata oscura, volontaire, pour cet amant de sang-mêlé, défait par les années, la face ridée, lézardée comme un marbre sombre ; les étoiles du Socialisme décolorées en ses yeux clairs.
    Son christique Armando, le visage tanné couleur cuivre et la barbe fournie et
    emmêlée autant que ses récits de révolutionnaire aigri, troque désormais son amertume et ses désillusions dans les Cuba Libre à deux pesos, chaque soir après les journées harassantes a la Fabrica de Cigarillos.
    Mais elle est forte pour lui en son amour soixantenaire.
    Leur vie s'est réglé par les restrictions et le fatalisme, l'illusion d'une liberté, perdue dans les mémoires mais entretenue par le monologue d'un idéaliste dans un monde désenchanté glissant dangereusement vers une fin de cycle. El socialismo o muerte. Mais vivre aussi en attendant la mort...

    Attendre...
    Car ce soir est grand. Ce soir, c'est le bal.
    Alors elle se lèvera de son fauteuil hors d'âge et d'un pas altier, énigmatique elle suivra la foule à travers la grande avenue du village, d'aucun jurerait que les petits pieds ne touchent pas ce sol poussiéreux.
    Sous cette lune franche et rieuse, dans cet air humide imprégnant les peaux d'odeurs d'épices, offrandes à la nature et à Eros, elle s'étonnera encore de la beauté du vieil amant.
    Il sera fier, engoncé dans un costume à rayures menaçant de craquer aux coutures, le cheveu noir et gominé, les maxillaires hypertrophiées par l'abus de la gomme à mâcher. Elle ravivera les jalousies et taira les moqueries de ces jovenes chicas de la grand-ville, dans sa robe bleue à volants de dentelle et le séduira encore comme elle le fit chaque semaine depuis ces décades passées.
    Elle aura ses vingt ans, ses dix-huit et ses quinze ans.
    Les souvenirs latents quand abreuvée par les rayons brûlants filtrés par les claies des monumentales fenêtres d'une salle de danse, elle rayonnait jadis, apprenant la douce liturgie des corps gagnés par la grâce. Volutes, fouettées et entrechats sous les coups de talons de la profesora sur cet antique parquet et dans l'ombre transpercée de poudroiement de lumières.
    Alors ce soir, pour dix ou vingt centavos, dans la sala municipal, et sous les guirlandes de lumières crépitantes, elle sera l'Oggun sensuelle, la vierge noire qu'on ne peut se refuser, virevoltant, jetant ses jambes au rythme de la fanfare, le coton de sa robe claquant sur son corps moite, la sueur perlant sur son cou gracile, et ses dents blanches rayonnantes à la magie d'un sourire .
    Et elle enlacera l' Armando de sa taille conquérante dans une parade animale et franche, les mains unies sur les hanches masculinescomme on caresse un autel.
    « Asi es mi revolucion » lui soufflera t'elle à l'oreille.


    Elle a appris à vivre... à savoir qu'en chaque instant de cette existence désenchantée peux poindre le bonheur.
    Agustina sait l'attraper et ne s'en prive pas.

    Posté par Frédéric Hamelin, 13 avril 2013 à 13:56 | | Répondre
Nouveau commentaire